Dans un futur pas si lointain, l'humanité fit face à une crise sans précédent : la fin de l'agriculture telle que nous la connaissions. Les changements climatiques avaient atteint un point de non-retour, laissant place à des températures extrêmes, des sécheresses prolongées et des catastrophes naturelles dévastatrices.
«On dira ce qu'on veut, sourit Jules, il fait le job. » Ses camarades acquiescent. Les cinq hommes sont installés autour de la table, au fond de la cour de la ferme de Jules, dans le village de Charente-Maritime où ils ont tous grandi.
« Une famine ? En France ? En 2030 ? C'est in-ac-cep-table ! » Dès ses vœux aux agriculteurs, Julien Denormandie, leur ministre, s'emporte. Lui qui est en poste depuis juillet 2020, soit dix ans (c'est deux fois le précédent « record » de Stéphane Le Foll), en a assez.
Les hommes politiques sont formidables : alors que la population est affamée, que l’année passée a été catastrophique au niveau des productions à cause d’une canicule sans précédent, la Commission européenne, aux abonnés absents depuis le début de la crise, refait parler d’elle en rappelant qu’il est temps de tenir des objectifs datant… de 2021 ! Les hommes et femmes (dans le domaine, pas de jaloux) politiques sont toujours prêts à une nouvelle sortie à laquelle on ne s’attendrait pas compte tenu des circonstances. Alors que la situation alimentaire en France est catastrophique et que la population est au bord de la famine, que les récoltes 2029 ont été quasi nulles à cause d’une canicule de plus d’un mois et d’une interdiction d’irriguer découlant directement de la loi Pompili 7, la même Barbara Pompili, rappelait, mardi 4 décembre 2029, que 2030 serait l’année où la production agricole française devrait atteindre 25 % de bio !
Août 2029 : L'été le plus chaud de l'histoire ? Alors que la France est touchée dans son agriculture, dans son économie et… dans son moral, ce sont les éléments qui apportent aujourd'hui leur lot de souffrance à notre pays : une canicule sans précédent s'abat sur l'Hexagone. Dans son rapport de juin 2021, le GIEC avait prévenu : une hausse de 2 °C des températures pourrait avoir des effets cataclysmiques avant même 2050. Force est de constater que l'on y est déjà. Les agriculteurs, désemparés depuis plusieurs années par l'impossibilité de défendre leurs cultures, sont aujourd'hui confrontés à un nouvel ennemi : la canicule.
Juillet 2029 : Un été sous haute tension. Les gros titres des journaux, en cette période traditionnellement dédiée aux vacances scolaires, sont bien différents de ceux des années précédentes. Rien sur les départs, les embouteillages, la météo…
Avril 2029 : Premières tensions alimentaires. Alors que les récoltes sont plus maigres que jamais, les premières tensions liées au problème alimentaire se font ressentir en France…
Mars 2029 : Voilà quatre ans que la loi Pompili 7 est entrée en application. La France est désormais importatrice nette de matières premières alimentaires. En effet, au cours de ces quatre années, les betteraves n’ont pas résisté à la jaunisse, transmise par les pucerons. On s’est retrouvé comme en 2020, sans néonicotinoïdes pour les protéger, durant deux années extrêmement chaudes, 2026 et 2027. Certaines associations se réjouissent cependant : « Plus de betteraves, c’est moins de sucres, et donc moins de cochonneries dans notre alimentation ! » Pour rappel, la filière betteravière représentait, en 2020, 45 000 emplois en France. La plupart ont désormais disparu.
1er janvier 2025 : le décret d’application de la loi Pompili 7, dite « Loi plus verte que verte » est promulgué. Son objet ? Elle interdit l’us2age de toute forme de pesticide de synthèse en agriculture et limite les doses (1/100e de la dose préalablement utilisée, selon un principe « homéopathique ») et le nombre de passages à un par culture, quel que soit le produit utilisé, produit de biocontrôle ou produit auparavant autorisé en agriculture bio.