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Et si l’agriculture intensive était bonne pour l’environnement ?

L’étude d'Andrew Balmford, un chercheur britannique, propose de laisser de la place à l'agriculture intensive pour préserver l'environnement © AdobeStock

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L’i­dée com­mu­né­ment admise aujourd’­hui est que l’a­gri­cul­ture inten­sive est néfaste pour l’en­vi­ron­ne­ment : défo­res­ta­tion, uti­li­sa­tion mas­sive d’in­trants, bio­di­ver­si­té en berne, etc.  Paral­lè­le­ment et para­doxa­le­ment, il fau­dra demain nour­rir dix mil­liards d’êtres humains tout en pré­ser­vant l’en­vi­ron­ne­ment. Sacrée équation !

 

Agriculture diversifiée vs agriculture intensive : les scientifiques divisés

Cer­tains prônent une agri­cul­ture diver­si­fiée sans pes­ti­cides ni engrais de syn­thèse, plus res­pec­tueuse des sols et de la bio­di­ver­si­té, mais occu­pant plus d’espace pour com­pen­ser sa plus faible pro­duc­ti­vi­té. D’autres plaident pour un modèle d’agriculture inten­sif, donc moins durable mais plus concen­tré, afin de per­mettre une mise sous cloche d’une par­tie de la planète.

 

Andrew Balmford : une solution inattendue

Un cher­cheur de Cam­bridge, Andrew Balm­ford, pro­pose dans Jour­nal of Zoo­lo­gy, pour résoudre l’é­qua­tion, une vision un peu dif­fé­rente : « La plu­part [des espèces] déclinent en cas d’exploitation agri­cole, et se por­te­raient moins mal dans un modèle de pré­ser­va­tion des terres sau­vages. » C’est ce qu’on appelle le “land spa­ring” ou « sau­ve­garde des terres ».

Et pour pré­ser­ver ces espèces, Balm­ford pro­pose que les pro­duc­tions à très haut ren­de­ment se tiennent dans des zones agri­coles peu éten­dues et déjà culti­vées. Ain­si, cela libé­re­rait de l’espace pour conser­ver des habi­tats intacts. On aurait donc d’un côté des milieux non exploi­tés et de l’autre une agri­cul­ture à domi­nante inten­sive. C’est le “land sha­ring”, ou « par­tage des terres ».

Plus pré­ci­sé­ment, l’étude pro­pose une agri­cul­ture com­por­tant trois niveaux : au pre­mier, on trou­ve­rait des terres culti­vées inten­si­ve­ment, au second des zones non culti­vées, lais­sées à la nature, et au troi­sième niveau des zones de cultures exten­sives à faible rendement.

“La conser­va­tion doit être prag­ma­tique si nous vou­lons inter­rompre une catas­trophe écologique”

Andrew Balm­ford

Le land spa­ring, une approche à généraliser ?

Pour cer­tains cher­cheurs, le land spa­ring repré­sente l’ap­proche la plus pro­met­teuse pour répondre à nos besoins au moindre coût pour la nature. Par exemple, les effets du tou­risme sur la faune et la flore semblent être réduits si l’on concentre concen­trant les visi­teurs dans de petites zones du pay­sage. En Nou­velle-Zélande par exemple, plus de 70 % des forêts sont désor­mais pro­té­gées alors que le bois récol­té de manière inten­sive l’est uni­que­ment dans des plan­ta­tions de pins, très localisées.

La Grande-Bretagne suit le chercheur : un exemple concret

La NFS (Natio­nal Food Stra­te­gy, soit la « stra­té­gie ali­men­taire natio­nale », l’é­qui­valent de notre Plan natio­nal de l’a­li­men­ta­tion et de la nutri­tion, le PNAN – et on arrête là pour les sigles, acro­nymes et autres abré­via­tions !) explique qu’en­vi­ron 21 % des terres agri­coles du Royaume-Uni devront voir leur des­ti­na­tion modi­fiée. Elles devront soit être ré-ensau­va­gées, soit être uti­li­sées afin de pro­duire des bio­car­bu­rants afin que le pays puisse atteindre son objec­tif – éle­vé – de zéro émis­sion nette. De plus, le tiers des terres agri­coles ne devra alors plus pro­duire que 15 % de la pro­duc­tion agri­cole britannique.

La NFS recom­mande le modèle de Balm­ford. Elle pré­cise qu’elle sou­haite qu’il soit la base d’un nou­veau « cadre d’u­ti­li­sa­tion des terres rurales ». On peut donc être pro­phète en son pays…

Pas un soutien à la production industrielle

Selon Andrew Balm­ford, le land spa­ring ne doit pas être vu pour autant comme un sou­tien incon­di­tion­nel à la pro­duc­tion indus­trielle. Il pré­cise en effet qu’a­fin d’aug­men­ter les ren­de­ments, il reste néces­saire de sou­te­nir les petits exploi­tants. Il donne l’exemple des agri­cul­teurs chi­nois qui se sont orien­tés vers un sys­tème de culture adap­té aux condi­tions pédo­lo­giques et météo­ro­lo­giques locales et ont alors vu leurs ren­de­ments croître de 11 %, et l’u­ti­li­sa­tion d’en­grais dimi­nuer d’en­vi­ron 16 %.

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