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Pourquoi l’agriculture n’est pas la zone grise de l’engagement climatique

N'en déplaise aux insatisfaits, l'agriculture s'engage toujours plus pour le climat ! © AdobeStock

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L’agriculture a par­fois mau­vaise presse et les enjeux liés au chan­ge­ment cli­ma­tique peuvent y contri­buer. Certes le sec­teur agri­cole pol­lue, mais on oublie bien sou­vent qu’il est, contrai­re­ment aux autres sec­teurs, un for­mi­dable puits à car­bone, venant com­pen­ser en par­tie les émis­sions émises. Il offre en outre d’importantes pos­si­bi­li­tés de déve­lop­pe­ment des éner­gies renouvelables.

Si la rela­tion de l’agriculture et du cli­mat est fon­ciè­re­ment ambi­va­lente, les agri­cul­trices et agri­cul­teurs sont des maillons essen­tiels, voire cen­traux, pour limi­ter le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et aug­men­ter la cap­ta­tion car­bone, tout en assu­rant la sécu­ri­té alimentaire.

Infographie captation carbone
Les agri­cul­trices et agri­cul­teurs sont des maillons essen­tiels, voire cen­traux, pour limi­ter le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et aug­men­ter la cap­ta­tion car­bone, tout en assu­rant la sécu­ri­té ali­men­taire. https://agriculture.gouv.fr/infographie-le-4-pour-1000

Les impacts du changement climatique sur l’agriculture

En France, l’agriculture est la deuxième contri­bu­trice aux émis­sions de gaz à effet de serre (GES), der­rière le sec­teur des trans­ports et à éga­li­té avec le sec­teur rési­den­tiel. En revanche, et contrai­re­ment aux autres sec­teurs, ses émis­sions ne sont pas tant liées à la consom­ma­tion d’énergie qu’à des pro­ces­sus bio­lo­giques per­met­tant d’obtenir les pro­duits ani­maux et végé­taux. Les émis­sions de GES du sec­teur agri­cole sont en effet com­po­sées à 45 % de méthane, essen­tiel­le­ment issu de l’élevage, et à 42 % de pro­toxyde d’azote, lié au pro­ces­sus de fer­ti­li­sa­tion des sols.

Le sec­teur agri­cole a ain­si émis 85 mil­lions de tonnes d’équivalent CO2 en 2019, soit 19 % du total. Ce chiffre double pour atteindre près de 170 mil­lions de tonnes si l’on consi­dère l’ensemble du sys­tème ali­men­taire, c’est-à-dire la pro­duc­tion et l’acheminement des intrants, la dis­tri­bu­tion des récoltes, le dépla­ce­ment des consom­ma­teurs et la conser­va­tion des aliments.

Mais, si le sec­teur agri­cole est un pro­duc­teur consé­quent de GES, il est aus­si et avant tout le pre­mier sec­teur tou­ché par les chan­ge­ments cli­ma­tiques. Les phé­no­mènes météo­ro­lo­giques extrêmes (épi­sodes de séche­resse, vagues de cha­leur, inon­da­tions, vents vio­lents, grêle, etc.), ain­si que la pro­li­fé­ra­tion de para­sites et mala­dies, affectent les cultures, leur ren­de­ment, la qua­li­té des pro­duits récol­tés et, de manière géné­rale l’ensemble des éco­sys­tèmes qui les nour­rissent, notam­ment l’eau et les sols.

L’intérêt à agir est donc évident.

 

Des objectifs ambitieux

La stra­té­gie natio­nale bas car­bone (SNBC) fixe des objec­tifs ambi­tieux au sec­teur agri­cole. Il doit atteindre la neu­tra­li­té car­bone en 2050 (c’est-à-dire l’équilibre des émis­sions et des absorp­tions anthro­piques) et la divi­sion par deux des émis­sions de GES entre 1990 et 2050.

Entre 1990 et 2019, celles-ci ont dimi­nué de 8 %, soit une baisse très faible, y com­pris com­pa­ra­ti­ve­ment aux autres sec­teurs. L’effort res­tant à faire est donc consé­quent. Cepen­dant, les chan­ge­ments à opé­rer sont iden­ti­fiés et déjà mis en place dans un cer­tain nombre d’exploitation au sein des­quelles ils pro­duisent des résul­tats encou­ra­geants. L’enjeu est donc de les démul­ti­plier. Et de les financer !

 

Les biosolutions et l’agriculture de précision au secours des exploitations

Dans de nom­breuses exploi­ta­tions, le rem­pla­ce­ment des intrants chi­miques par des bio­so­lu­tions ain­si que le recours accru aux légu­mi­neuses per­mettent de réduire effi­ca­ce­ment l’émission de GES tout en garan­tis­sant le main­tien des ren­de­ments. En témoignent la dyna­mique du réseau des 3 000 fermes Del­phy, enga­gées dans la baisse de l’utilisation des pro­duits phy­to­sa­ni­taires, ou encore la mul­ti­pli­ca­tion des exploi­ta­tions enga­gées en agri­cul­ture bio­lo­gique, les­quelles repré­sentent aujourd’hui 9 % de la sur­face agri­cole utile (contre 0,4 % en 1995). De même, le déve­lop­pe­ment de l’uti­li­sa­tion des tech­no­lo­gies de l’agriculture de pré­ci­sion peut éga­le­ment être un appui pour maî­tri­ser le recours aux pro­duits phytosanitaires.

 

Encourager et financer les initiatives de captation du carbone

Du côté de la cap­ta­tion de car­bone, plu­sieurs mesures sont néces­saires, telles que le déve­lop­pe­ment de l’agroforesterie intra-par­cel­laire, la pré­ser­va­tion et l’extension des prai­ries per­ma­nentes, la plan­ta­tion de haies, ou encore l’enherbement en vignoble. Des leviers tech­niques et finan­ciers sont mobi­li­sables dans le cadre de la PAC ou encore du label bas car­bone mis en place par le gou­ver­ne­ment. Vingt-deux pro­jets agri­coles ont ain­si été label­li­sés à ce jour. Les efforts sont encore timides, mais les finan­ce­ments sont ame­nés à se déve­lop­per dans les pro­chaines années.

 

Soutenir le développement des énergies renouvelables

Enfin, ne l’oublions pas, le sec­teur agri­cole est un puis­sant levier pour la pro­duc­tion d’énergies renou­ve­lables. À ce jour, 11 000 exploi­ta­tions pro­duisent de l’électricité par le biais de pan­neaux pho­to­vol­taïques, 96 % des bio­car­bu­rants et de 26 % du bio­gaz sont issus de la bio­masse agri­cole, et 83 % de l’électricité issue de l’énergie du vent viennent des éoliennes implan­tées sur des ter­rains agricoles.

L’effort à pro­duire dans les pro­chaines années est donc aus­si consé­quent que l’urgence à le faire. Cepen­dant, et plus encore que dans les autres sec­teurs éco­no­miques, les res­sources dont jouit le sec­teur agri­cole pour ce faire sont avé­rées, et les béné­fices qu’il en tire­ra, évidents.

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